Plus qu’une simple série de jeux vidéo, la saga Assassin’s Creed s’est imposée au fil des ans comme une véritable machine à remonter le temps. Chaque opus offre une plongée saisissante dans une période charnière de l’histoire humaine, reconstituée avec un souci du détail souvent salué par les historiens eux-mêmes. En mêlant habilement fiction et faits réels, la franchise permet aux joueurs d’arpenter des cités disparues, de côtoyer des figures illustres et de devenir les témoins privilégiés de grands bouleversements culturels et politiques. Cet article propose un voyage à travers les époques les plus marquantes qui ont servi de toile de fond à ces aventures épiques.
Sommaire
ToggleL’Égypte antique : une immersion pharaonique
Avec Assassin’s Creed Origins, les joueurs ont découvert une Égypte ptolémaïque en pleine mutation, à l’aube de l’annexion romaine. C’est un monde de déserts arides, d’oasis luxuriantes et de cités grandioses comme Alexandrie ou Memphis, où les traditions ancestrales se heurtent à l’influence grecque grandissante.
La vie au rythme du Nil
Le jeu dépeint avec brio l’importance capitale du Nil. Le fleuve n’est pas qu’un décor, c’est une artère vitale qui rythme la vie des habitants. On y navigue sur des felouques, on y croise des hippopotames et des crocodiles, et l’on observe les cycles de crue qui fertilisent les terres. Cette reconstitution offre une perspective unique sur l’économie et le quotidien de l’époque, loin des clichés habituels centrés uniquement sur les pyramides.
Panthéon divin et rituels funéraires
L’Égypte antique est indissociable de sa spiritualité complexe. Le jeu nous immerge dans cette dimension en nous faisant explorer des tombeaux secrets, déchiffrer des hiéroglyphes et participer à des rituels. Les divinités sont omniprésentes, influençant l’architecture, l’art et les croyances du peuple. Le souci du détail est tel que l’on peut y apprendre les bases du processus de momification et comprendre la vision égyptienne de l’au-delà.
| Divinité | Domaine | Représentation |
|---|---|---|
| Râ | Dieu du soleil, créateur | Homme à tête de faucon coiffé d’un disque solaire |
| Anubis | Embaumement, rites funéraires | Homme à tête de chacal |
| Osiris | Souverain du royaume des morts | Homme momifié coiffé de la couronne Atef |
| Sekhmet | Guerre, vengeance et guérison | Femme à tête de lionne |
Après avoir arpenté les sables brûlants et percé les secrets des pharaons, notre périple historique nous transporte de l’autre côté de la Méditerranée, vers une terre où la philosophie, la démocratie et les mythes ont façonné les fondations de la civilisation occidentale.
La Grèce antique : l’âge d’or des philosophes
Dans Assassin’s Creed Odyssey, le joueur est propulsé au cœur de la guerre du Péloponnèse, un conflit fratricide opposant Athènes à Sparte. Cette fresque historique nous fait découvrir un monde hellénique vibrant, parsemé d’îles idylliques et de cités-états rivales, où la pensée et l’art atteignent des sommets inégalés.
Athènes, berceau de la démocratie
Parcourir l’Athènes de Périclès est une expérience en soi. On peut y gravir les marches de l’Acropole pour admirer le Parthénon, déambuler sur l’Agora pour écouter les discours de Socrate ou assister à une pièce de Sophocle. Le jeu capture l’effervescence intellectuelle de la cité, où les concepts de citoyenneté et de débat public sont au cœur de la société. C’est une véritable leçon d’histoire vivante.
Entre mythologie et réalité
La Grèce d’Odyssey est un territoire où les mythes sont palpables. Si les dieux de l’Olympe n’interviennent pas directement, leur influence est partout. Le joueur est amené à croiser des créatures légendaires et à visiter des lieux chargés de mythologie. Cette approche permet de comprendre comment les mythes imprégnaient chaque aspect de la vie grecque, de la politique à la vie quotidienne. Les créatures à affronter incluent :
- Le Minotaure, enfermé dans son labyrinthe en Crète.
- Le Cyclope, géant à l’œil unique.
- Méduse, la Gorgone au regard pétrifiant.
- Le Sphinx et ses énigmes mortelles.
L’héritage de la pensée grecque et de l’art classique a irrigué toute la culture européenne, trouvant un écho particulièrement puissant plusieurs siècles plus tard dans une péninsule en pleine effervescence créative et politique.
L’Italie de la Renaissance : l’ère des arts et des complots
Les aventures d’Ezio Auditore, notamment dans Assassin’s Creed II, nous plongent dans l’Italie du XVe siècle. C’est une période de bouillonnement culturel exceptionnel, mais aussi de tensions politiques extrêmes, où de puissantes familles comme les Médicis et les Borgia se livrent une lutte sans merci pour le pouvoir.
Florence et Venise, joyaux de l’art
Le jeu nous offre des reconstitutions époustouflantes de villes emblématiques. Grimper au sommet du Duomo de Florence, conçu par Brunelleschi, ou naviguer en gondole sur les canaux de Venise pendant le carnaval sont des moments inoubliables. On y croise des génies comme Léonard de Vinci, qui devient un allié précieux en fournissant au héros des inventions et des améliorations. C’est une célébration de l’humanisme et de l’explosion artistique de l’époque.
Les rouages de la conspiration
La Renaissance italienne n’est pas seulement une période de beauté et de savoir, c’est aussi une ère de complots. Le jeu met en lumière les rivalités entre les cités-états et les conspirations qui se trament dans l’ombre du pouvoir papal. La conjuration des Pazzi, une tentative d’assassinat contre les Médicis, constitue l’un des arcs narratifs majeurs, illustrant parfaitement la violence politique de l’époque.
| Famille | Ville d’influence | Figure emblématique |
|---|---|---|
| Médicis | Florence | Laurent de Médicis |
| Borgia | Rome (Vatican) | Rodrigo Borgia (Alexandre VI) |
| Pazzi | Florence | Jacopo de’ Pazzi |
| Barbarigo | Venise | Marco Barbarigo |
Quittant les intrigues des palais italiens, notre voyage nous fait traverser l’Atlantique pour assister à la naissance d’une nation, forgée dans le feu d’un combat pour l’indépendance et les idéaux de liberté.
La Révolution américaine : une lutte pour la liberté
Assassin’s Creed III nous emmène dans les colonies américaines du XVIIIe siècle, en pleine guerre d’indépendance contre la couronne britannique. Le joueur incarne Ratonhnhaké:ton, aussi connu sous le nom de Connor, un personnage aux origines amérindiennes et britanniques, qui se retrouve au cœur du conflit.
Des villes naissantes aux vastes étendues sauvages
Le jeu propose un contraste saisissant entre les villes coloniales en plein essor comme Boston et New York, et l’immensité de la Frontière. Cette dernière est un personnage à part entière, avec ses forêts denses, sa faune variée et ses campements amérindiens. On y découvre le mode de vie des tribus Kanien’kehá:ka et les défis de la survie dans un environnement sauvage et impitoyable.
Les acteurs d’une nouvelle nation
L’aventure nous place aux premières loges d’événements historiques majeurs, de la Boston Tea Party à la bataille de Bunker Hill. On y côtoie les Pères fondateurs des États-Unis, tels que George Washington, Benjamin Franklin ou Paul Revere. Le jeu offre une perspective nuancée, montrant les ambiguïtés de ce conflit et évitant un manichéisme simpliste. Il explore les idéaux de liberté qui animent les révolutionnaires, mais aussi les contradictions d’une révolution menée par des propriétaires d’esclaves et qui ignore les droits des peuples autochtones.
Après les champs de bataille du Nouveau Monde, notre exploration nous ramène en Europe, au cœur de l’empire le plus puissant du XIXe siècle, une métropole tentaculaire où la révolution industrielle bat son plein.
Londres victorien : mystères et machines à vapeur
Avec Assassin’s Creed Syndicate, nous sommes transportés dans le Londres de 1868. La révolution industrielle a transformé la ville en une métropole bouillonnante, mais a aussi creusé des inégalités sociales abyssales. C’est dans ce décor de suie, de brique et de vapeur que les jumeaux Jacob et Evie Frye luttent pour libérer la ville de l’emprise des Templiers.
Une ville à deux visages
La reconstitution de Londres est fascinante par sa dualité. D’un côté, les quartiers opulents de Westminster avec le palais de Buckingham et Big Ben. De l’autre, les bas-fonds misérables de Whitechapel, où règnent les gangs et la pauvreté. Le jeu met en scène le contraste social saisissant de l’époque, entre la richesse ostentatoire de la bourgeoisie et les conditions de travail effroyables des ouvriers et des enfants.
L’ère des inventions et des enquêtes
Le XIXe siècle est une période d’innovations technologiques, et le jeu l’intègre parfaitement à son gameplay. L’introduction du grappin et la possibilité de conduire des calèches dynamisent l’exploration de cette immense ville. On y rencontre également des figures emblématiques de l’époque, comme Charles Darwin, Charles Dickens ou Alexander Graham Bell. La tonalité de l’époque, empreinte de mystères et de romans populaires, est retranscrite à travers des enquêtes sur des crimes sordides, préfigurant les récits de Sherlock Holmes.
Laissant derrière nous les fumées des usines londoniennes, nous remontons encore plus loin dans le temps pour aborder une période de raids et d’exploration, menée par un peuple de navigateurs et de guerriers venus du nord.
L’ère des Vikings : conquêtes et mythologie nordique
Assassin’s Creed Valhalla nous plonge au IXe siècle, à l’apogée de l’expansion viking. Le joueur incarne Eivor, un guerrier ou une guerrière norvégienne qui mène son clan à la conquête de nouvelles terres en Angleterre. Le jeu explore la culture, la société et la spiritualité de ce peuple souvent caricaturé.
Du fjord à la campagne anglaise
Le jeu dépeint avec une grande richesse le mode de vie des clans vikings, leurs traditions et leur organisation sociale. On participe à des festins, à des joutes verbales (le flyting) et à des raids menés à bord de drakkars. Le contraste entre les paysages glacés de la Norvège et les collines verdoyantes des royaumes anglo-saxons est magnifiquement rendu, illustrant le choc des cultures entre les envahisseurs païens et les royaumes chrétiens d’Angleterre.
Un panthéon guerrier
La mythologie nordique est au cœur de l’expérience. Eivor entretient une relation profonde avec les dieux du panthéon d’Ásgard, comme Odin et Thor. Le jeu propose des séquences oniriques permettant d’explorer les royaumes mythiques d’Asgard et de Jötunheimr. Cette immersion dans les croyances vikings permet de comprendre leur vision du monde, leur rapport à la guerre, au destin (le Wyrd) et à l’au-delà, le Valhalla.
- Odin : Père de tout, dieu de la guerre, de la sagesse et de la poésie.
- Thor : Dieu du tonnerre, protecteur de Midgard, armé de son marteau Mjöllnir.
- Freya : Déesse de l’amour, de la fertilité et de la guerre.
- Loki : Dieu de la malice et de la discorde, figure ambivalente et imprévisible.
Avant même les raids vikings, une autre grande confrontation culturelle et religieuse avait secoué l’Europe et le Proche-Orient, un conflit au nom de la foi qui a marqué des siècles d’histoire.
La période des croisades : entre foi et conflits
Le tout premier Assassin’s Creed a posé les bases de la saga en nous transportant en Terre sainte à la fin du XIIe siècle, en pleine Troisième croisade. Le joueur incarne Altaïr Ibn-La’Ahad, un membre de la confrérie des Assassins, qui évolue dans les villes de Damas, Acre et Jérusalem.
Un carrefour de civilisations
Le jeu retranscrit brillamment l’atmosphère de cette région, véritable carrefour où cohabitent et s’affrontent chrétiens, musulmans et juifs. Chaque ville possède une identité visuelle et culturelle propre. On ressent la tension palpable entre les forces croisées de Richard Cœur de Lion et les armées sarrasines de Saladin. C’est une représentation complexe et nuancée d’un conflit souvent simplifié.
La philosophie du crédo
Au-delà du contexte historique, ce premier opus a introduit le crédo des Assassins : « Rien n’est vrai, tout est permis ». Cette philosophie, qui interroge les notions de liberté, de morale et de contrôle, est le fil rouge de toute la série. Le jeu explore les motivations des deux factions, Assassins et Templiers, qui poursuivent un même but, la paix, mais par des moyens radicalement opposés : la liberté individuelle pour les uns, l’ordre par le contrôle pour les autres.
Des sables du Levant, notre voyage nous emmène vers un archipel lointain, où une culture insulaire unique s’est développée autour de codes d’honneur stricts et de traditions guerrières ancestrales.
Le Japon féodal : samouraïs et traditions ancestrales
Longtemps réclamé par les fans, le Japon féodal, exploré dans Assassin’s Creed Shadows, offre un cadre d’une richesse culturelle et esthétique immense. Cette période est marquée par les guerres de clans, l’émergence de la figure du samouraï et les traditions discrètes des shinobi.
L’esthétique d’un monde codifié
Le Japon féodal est un univers de contrastes, entre la sérénité des temples bouddhistes et la violence des champs de bataille. L’architecture des châteaux (shiro), les jardins zen et les villages traditionnels sont reconstitués avec une grande fidélité. Le jeu met en lumière l’importance des codes sociaux et de l’honneur, notamment à travers le bushido, la voie du guerrier suivie par les samouraïs.
L’ombre du shinobi
Cette époque est aussi celle des shinobi, souvent romancés sous le nom de ninjas. Ces espions et assassins opéraient dans l’ombre, utilisant des techniques de furtivité, de sabotage et de guérilla. Le gameplay de la série, basé sur la discrétion et l’assassinat, trouve ici un écho naturel. Le jeu explore les outils et les tactiques de ces guerriers de l’ombre, offrant une dualité fascinante avec le combat plus direct et honorable des samouraïs.
| Caractéristique | Samouraï | Shinobi |
|---|---|---|
| Statut social | Classe noble, guerriers au service d’un daimyo | Agents de l’ombre, souvent issus de classes inférieures |
| Code d’honneur | Bushido (loyauté, courage, honneur) | Aucun code formel, la mission prime avant tout |
| Méthode de combat | Combat direct, duel au sabre (katana) | Furtivité, espionnage, assassinat, poisons |
| Visibilité | Publique et reconnue | Secrète et anonyme |
Retournons maintenant sur le continent européen, au cœur d’une capitale en proie à une agitation sans précédent, où le peuple se soulève au nom de nouveaux idéaux qui vont changer la face du monde.
Paris à l’époque révolutionnaire : liberté, égalité, fraternité
Assassin’s Creed Unity nous plonge au cœur du tumulte de la Révolution française à Paris. Le joueur incarne Arno Dorian, qui se retrouve mêlé aux événements qui vont renverser la monarchie et donner naissance à la République. C’est une reconstitution saisissante de la capitale, de ses monuments emblématiques à ses ruelles sombres.
Une capitale en ébullition
Le jeu retranscrit l’atmosphère fiévreuse d’un Paris en pleine mutation. Les foules, denses et agitées, sont un élément central de l’expérience. On assiste à des événements clés comme la prise de la Bastille ou l’exécution de Louis XVI. La ville est un personnage à part entière, vivante et chaotique, où la misère des faubourgs côtoie l’opulence des hôtels particuliers du Marais.
Les figures d’une période troublée
Arno croise la route de nombreuses figures historiques, de Robespierre à Napoléon Bonaparte, en passant par le marquis de Sade. Le récit met en lumière la complexité et la violence de cette période, loin d’une vision idéalisée. Il montre comment les idéaux de liberté et de fraternité ont pu conduire à la Terreur, une période de paranoïa et d’exécutions de masse. Le jeu explore les divisions au sein même du camp révolutionnaire.
Quelques décennies plus tard, une autre capitale européenne connaîtra une révolution, non pas politique, mais technologique, qui redéfinira le travail, la société et le paysage urbain pour les siècles à venir.
Londres à l’époque industrielle : la révolution du progrès
Bien que Assassin’s Creed Syndicate se déroule à l’époque victorienne, un de ses thèmes centraux est bien la révolution industrielle à son apogée. Cette période a radicalement transformé Londres en un centre mondial de l’industrie, de la finance et du commerce, avec toutes les conséquences sociales que cela implique.
L’usine et la machine à vapeur
Le paysage londonien du jeu est dominé par les cheminées d’usines crachant une fumée noire. Le bruit des machines et le sifflement des trains à vapeur sont omniprésents. Le jeu met en évidence le rôle central du progrès technologique, qui a bouleversé les modes de production et de transport. Le réseau ferroviaire, qui se développe à grande vitesse, devient un élément stratégique et un terrain de jeu pour les Assassins.
La naissance de la classe ouvrière
Cette révolution a un coût humain immense. Le jeu dépeint les conditions de vie et de travail extrêmement difficiles de la classe ouvrière. Le travail des enfants dans les usines est l’un des thèmes abordés, montrant la face la plus sombre de ce progrès. La lutte des jumeaux Frye pour créer un syndicat du crime vise à redonner du pouvoir aux opprimés et illustre l’émergence d’une conscience de classe face à l’exploitation capitaliste.
- Innovations majeures : Machine à vapeur, métier à tisser mécanique, développement du chemin de fer.
- Conséquences sociales : Exode rural massif, urbanisation rapide, création du prolétariat.
- Problèmes sociaux : Pollution, conditions de travail dangereuses, pauvreté endémique, criminalité.
De l’Égypte des pharaons au Londres industriel, en passant par la Grèce des philosophes et l’Italie des artistes, la saga Assassin’s Creed a su faire de l’histoire son plus beau terrain de jeu. Chaque épisode est une invitation au voyage, une reconstitution minutieuse qui éveille la curiosité et donne vie à des époques révolues. En nous plaçant au cœur des grands tournants de l’humanité, la série ne se contente pas de divertir ; elle offre une perspective unique sur les cultures, les conflits et les idéaux qui ont façonné notre monde.
